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Palan d’écoute de grand-voile de catamaran Grand Prix Harken : entretien avec Matt Schmidt, chef de projet

L’équipe marketing Harken s’est entretenue avec Matt Schmidt, chef du projet de palan d’écoute de grand-voile de catamaran Grand Prix, pour en savoir plus sur l’histoire de ce nouveau produit.


Pour ce palan d’écoute de grand-voile de catamaran Grand Prix, vous n’avez pas employé l’approche habituelle, ni en termes d’objectif, ni en termes de développement. En quoi votre approche est-elle spécifique ?

Nombre de nos produits sont conçus pour une grande diversité d’utilisations potentielles. La gamme Carbo, par exemple, offre des produits universels, efficaces dans de nombreuses applications. Le palan d’écoute de grand-voile de catamaran Grand Prix devait, quant à lui, répondre aux exigences de conception précises d’une clientèle très spécifique. Par conséquent, de nombreuses conditions particulières devaient être respectées, par rapport à ce qu’impose un produit universel. Naturellement, le défi ne consiste pas uniquement à respecter chacune de ces conditions, mais également à déterminer dans quel ordre nous devons procéder. Le nombre de modifications incrémentielles pouvant être apportées à chaque itération d’un produit est généralement limité, sans quoi les tests deviennent un véritable casse-tête. Ainsi, nous avons dû définir les priorités de chaque élément et effectuer de nombreux cycles de prototypes. Heureusement, nous avons bénéficié d’une boucle de retour directe et accélérée avec nos partenaires de développement, nous permettant d’intégrer les modifications de conception au plus vite et de prototyper rapidement les nouvelles itérations en vue des tests sur l’eau.

Le premier objectif sur le cahier des charges était d’offrir une efficacité maximale. Nous avons examiné différents matériaux et avons opté pour la céramique pour les bagues intérieures et extérieures et les roulements à billes. Le réa bénéficie du matériau Carbo des poulies Harken du même nom. Dans un deuxième temps, nous nous sommes demandé comment rapprocher les poulies supérieures et inférieures au maximum par rapport à un palan classique, afin d’obtenir un ensemble plus compact et d’offrir au navigateur quelques centimètres supplémentaires pour le réglage de la chute. La troisième étape portait sur la conception du support du taquet coinceur.

Une fois les exigences fonctionnelles satisfaites, nous avons dû considérer spécifiquement chaque composant et comprendre comment le fabriquer le plus efficacement possible. Pour cette étape, nous avons encore dû modifier la conception et la compléter, et ce, sans compromettre les exigences fondamentales. Enfin, une fois en mesure de fabriquer les pièces et de les assembler, il nous a fallu aborder l’aspect branding et le design du packaging.

Vous avez conçu le système en collaboration avec des navigateurs. Comment les relations et le processus ont-ils évolué ?
Les solutions de conception sont souvent inspirées des retours des navigateurs ; des champions de haut niveau qui veulent toujours aller plus loin. Ils ont consacré des centaines d’heures au test de nos produits, et ce, dans des environnements et des scénarios auxquels ils sont les seuls à accéder. C’est dans ces conditions, lorsque la victoire tient à peu de choses, qu’ils peuvent appréhender le potentiel d’amélioration et de perfectionnement que l’on ne peut percevoir dans un laboratoire de test. Ce retour est extrêmement précieux et nous permet d’envisager les meilleures solutions.

Le dialogue ouvert entre navigateurs et ingénieurs a été un véritable accélérateur de développement pour ce projet. La collaboration s’est déroulée de façon très fluide. Nous avons eu des échanges chaque jour pour évoquer les améliorations potentielles. Il arrivait même que nous recevions des SMS de partenaires de développement enthousiastes nous soumettant leurs propres idées et nous demandant si nous pouvions les étudier dans nos systèmes de CAO ; le message étant parfois même accompagné de la photo d’un schéma griffonné sur une nappe de restaurant.

Pour aboutir au produit définitif, nous avons finalement suivi le cycle de conception prototype-test-retour-reprise autant de fois que nécessaire. Alors que notre palan d’écoute de grand-voile Grand Prix évoluait et que les retours des navigateurs se faisaient plus directs, nous avons pu réfléchir plus efficacement aux fonctionnalités que le produit devait, ou non, offrir. Puis, le temps est venu de nous lancer. Notre partenaire a alors dû utiliser le système dans sa forme de l’époque pour une régate importante ; une certaine dose d’angoisse était naturellement au rendez-vous !

Quels sont les aspects et avantages du système les plus importants pour le navigateur sur l’eau ?
Très honnêtement, je pense que chaque caractéristique de conception du produit offre des avantages uniques sur l’eau. Tout d’abord, l’efficacité. Ce système assure un réglage plus simple, facilitant considérablement la tâche des navigateurs par rapport à un palan classique. Les navigateurs émérites, qui se préparent physiquement et suivent de près leur endurance s’en rendront compte immédiatement. L’un de nos partenaires de développement a participé à la course d’endurance Florida 300 et a pu constater à quel point il est avantageux de régler la grand-voile d’une main sur une journée entière de navigation.

Cette simplicité de réglage se traduit également par une plus grande souplesse de déplacement de l’équipage. Par exemple, sur le Nacra 17, où l’équipier est généralement le plus petit et le plus léger, il n’est pas nécessaire d’utiliser les jambes ni d’exercer de mouvement du corps entier vers l’avant pour bénéficier du petit plus au border. Ceci limite les secousses et vibrations à bord et permet de garder le vent dans la voile.

Comme je l’ai déjà dit, le format compact du système est le deuxième point crucial, juste après l’efficacité. C’est particulièrement vrai pour le Nacra 17, où l’entre-axe du palan d’écoute de grand-voile a un impact direct sur la quête de mât maximale. En réduisant cette marge et en rapprochant au plus près les poulies supérieures et inférieures, nous offrons au skipper une chute plus tendue et la possibilité d’accroître sensiblement la quête par vent fort.

Enfin, le nouveau support de taquet coinceur est réglable en continu. Au lieu de déplacer le support du taquet entre des trous individuels tous les 10 ou 15 degrés, une glissière permet un ajustement en douceur, pour un guidage idéal. Encore mieux : l’intégralité du support se présente en un bloc, éliminant le risque de perdre des pièces lorsqu’un réglage rapide sur l’eau est nécessaire. L’ensemble du palan s’entretient à l’aide d’une simple clé Allen 4 mm. Tout a été pensé pour une extrême simplicité.

Comment ce système permet-il à un équipage de faire la différence en compétition de haut niveau ?
Je vous ai déjà donné de nombreux arguments en répondant à la question précédente, mais je vais récapituler un peu. À un tel niveau de compétition, la différence se joue parfois à quelques centimètres. Dans ce contexte, le palan d’écoute de grand-voile Grand Prix offre un avantage imparable : l’équipage a tout le temps de se poser les questions à terre sans perdre une seconde sur l’eau.

Quel peut être l’avenir d’un tel produit ? Ce n’est pas un équipement grand public, ni vraiment un produit sur mesure. Allez-vous poursuivre cette relation avec les navigateurs pour la conception du produit, notamment dans l’optique des prochains Jeux olympiques ?
Il s’agit presque d’un produit sur mesure, d’une part parce qu’il répond à des besoins très précis, et d’autre part parce qu’il est conçu pour un environnement d’utilisation très spécifique. Nous revoyons nos produits et essayons de les améliorer en permanence. Techniquement, notre palan d’écoute de grand-voile Grand Prix ne trouvera donc jamais vraiment un état définitif. Les modifications potentielles peuvent être inspirées par des influences extérieures, notamment pour l’amélioration de notre technologie de cordage, ou s’appuyer sur nos propres conceptions de poulies, comme la nouvelle gamme Power3, qui offre différents profils de réa pour répondre à une diversité de conditions de régate. L’ajout de composants améliorés de cette façon peut avoir des répercussions sur l’ensemble de la conception.

Et j’imagine que certains navigateurs nous demanderont de réduire les configurations de palan. Seule une poignée de bateaux (Nacra 17, F18, Foiling Phantom) utilisent les configurations 10:1 et 12:1 actuelles. Nous serons donc peut-être amenés à compléter la gamme et à développer de nouvelles versions du même produit principal pour différents bateaux, probablement avec des charges inférieures.

À un niveau plus élevé, tous nos produits bénéficient de ces projets de conception sur mesure ou « presque sur mesure ». Ces projets nous aident à comprendre comment appliquer la technologie à d’autres produits ou à des applications de niche.

Enfin, qu’est-ce qui définit la réussite de ce produit ? Nous voulons vendre des milliers de taquets coinceurs, mais quel est l’objectif pour les palans de catamaran Grand Prix ?
Le concept de réussite est spécifique à chaque projet. En l’occurrence, il s’agissait de créer la solution parfaite pour cette classe de navigateurs et de bateaux. En termes de ventes, nous fixons toujours des objectifs très réfléchis. Pour certains projets, nous visons 5 000 unités la première année ; pour d’autres 200. Au final, voyez-vous des palans d’écoute de grand-voile Grand Prix à l’avant de classes de catamarans hautes performances ? Dans les mondiaux de Nacra 17 ou F18 ? C’est certainement cela, notre objectif !