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Bora Gulari

By David Schmidt/Alembic Media, LLC
3/4/2020

Né pour naviguer

Bora Gulari est né à Istanbul en 1975. Ses parents, qui naviguent souvent en 5O5, lui donnent le nom d'un vent du nord qui balaie la mer Égée. Bora Gulari est tout jeune quand il émigre aux États-Unis, où ses parents, tous deux professeurs, décrochent un poste à l'Université. Il les accompagne souvent sur leur 5O5, et à l'âge de 5 ans, il s'initie à la voile en solitaire lorsque son père lui fabrique un gréement modifié de planche à voile. Il est rapidement grisé par les sensations fortes que lui procure la vitesse.

Bora Gulari grandit à Détroit, dans le Michigan, navigue au large de Grosse Pointe et étudie à l'Université d'État, où il obtient un diplôme d'ingénieur en aéronautique. Sa carrière en voile ne décolle réellement qu'une fois son diplôme en poche, alors qu'il s'investit dans la classe des 49er, manquant de peu une qualification olympique. Son passé de véliplanchiste lui fait un temps envisager la RS:X, mais son destin se trouve bouleversé par les vidéos YouTube de Rohan Veal, légende du Moth à foils. Bora Gulari prend alors la décision qui va changer sa vie.

Une carrière à succès

Bora Gulari est le premier Américain à remporter deux fois le titre de Champion du monde de Moth à foils depuis 1959. Il décroche son premier titre en 2009, année particulièrement faste pour lui puisqu'il claque le « mur » symbolique des 30 nœuds et est aussi élu Yachtsman de l'année à la US SAILING Rolex. Il réitère l'exploit en 2013, à Hawaï, en devançant pas moins de 80 skippers.

Bora Gulari s'illustre également à l'épreuve de Nacra 17 des Jeux olympiques de 2016 et aux 52 Super Series de 2017, en tant que barreur de l'équipe Quantum Racing de TP52. Il rejoint aussi les Italiens de Luna Rossa pour la 35e édition de la Coupe de l'America, team qui se retire finalement de la compétition. Il attribue son succès à un travail acharné, ainsi qu'aux réglages et autres nombreux ajustements subtils apportés à son embarcation avant de prendre la mer.

En solitaire ou en équipage


Joy Dunigan photo

Naviguez-vous indifféremment en solitaire et en équipage complet ?
Oui, mais il est évidemment plus simple de naviguer en Moth car il n'y a alors que mon partenaire d'entraînement et moi-même : nous gréons nos bateaux et partons en mer. Embarquer dix personnes est, d'un point de vue logistique, bien plus compliqué. 

Quelle pratique vous apporte le plus de satisfaction et pourquoi ? Laquelle vous donne actuellement le plus de fil à retordre ?
Difficile à dire. J'adore la voile en solitaire, mais la satisfaction que je retire d'une victoire d'équipe fêtée de manière collective est plus forte que lors d'un succès individuel.

Naviguer en équipage complet est, selon moi, plus contraignant car vous devez compter les uns sur les autres. C'est inhérent à cette pratique. Chacun fait partie intégrante de l'équipe, et vous devez croire en votre équipe.

Mais j'apprécie de partir en mer avec des personnes avec lesquelles je ne pourrais pas naviguer en Moth. Nous apprenons les uns des autres tout en travaillant. 

Quel est, pour vous, l'aspect le plus enrichissant de la voile monotype en équipage complet ?
L'esprit de camaraderie et le partage d'expériences. C'est comme avoir sa propre armée et partir au front ensemble.


Liz Davies photo

Qu'est-ce que vous aimez le plus dans la voile en solitaire ?
J'apprécie la simplicité et la pureté de la pratique. Vous vous affranchissez de toute contrainte logistique. Tout repose sur vos épaules.

La voile monotype en solitaire, c'est la discipline des puristes qui vivent dans leur propre monde. Vous sortez en mer avec un objectif en tête.

Il nous arrive souvent de gréer nos Moths juste avant une tempête en quête de vents forts pour mettre nos dériveurs à l'épreuve de la vitesse, ce qui est impossible en quillard monotype. Mais en solitaire, vous n'êtes responsable que de vous-même.

Sur la ligne de départ d'une régate, vous sentez-vous plus à l'aise seul ou en équipe ?
Tout dépend de l'équipe. Si j'ai une longue expérience de navigation avec elle et que la confiance y règne, très bien. Je suis toujours à l'aise avec la navigation en solitaire.

Si vous croyez en votre équipe, vous pouvez conquérir le monde. Sinon, c'est plus difficile forcément. Cette confiance grandit avec le temps, mais elle doit s'installer dès le départ. 

Changement de cap

Vous vous êtes fait connaître en Moth, mais vous excellez également sur des monotypes, comme les Melges 24, en équipage complet. Comment passe-t-on de la navigation en solitaire à la navigation en équipage complet ?
Cette transition réclame de la discipline. Vous passez d'une catégorie où vous êtes au centre de l'attention à une autre où vous n'êtes plus qu'un maillon de la chaîne, d'un sport individuel à un sport d'équipe. Ce n'est pas difficile, mais vous endossez un rôle au sein de l'équipe, la responsabilité de la victoire ne reposant pas sur vos seules épaules.

Quel est l'aspect le plus difficile pour vous dans cette transition ? 
C'est de devoir compter sur une équipe plutôt que sur soi-même. La dynamique sociale d'une équipe dans laquelle chacun est important est indispensable. Et puis, naviguer en équipe implique une logistique et un esprit de camaraderie. 

Le tacticien que vous êtes s'est-il déjà surpris à faire preuve de retenue en Melges ou dissociez-vous totalement les deux disciplines ?
Effectivement, j'ai parfois du mal à m'exprimer. Lorsque la situation évolue, il est du devoir du tacticien qui s'en rend compte de communiquer, surtout en présence de quelqu'un qui ne navigue pas tous les jours. Ce n'est pas évident, mais ceux qui y parviennent sont remarquables.


Liz Davies photo

Est-il difficile pour un navigateur en solitaire de nouer de bonnes relations de travail avec un skipper ?
J'ai vécu des expériences diverses. D'un côté, une excellente ambiance de départ peut vite laisser place aux doutes lorsque des erreurs se produisent. De l'autre, une relation de confiance peut progressivement s'instaurer en présence de personnes efficaces, qui suivent mes instructions à la lettre.

J'ai eu la chance de ne jamais avoir eu à réclamer d'argent pour naviguer, ce qui nous oblige, mon skipper et moi, à entretenir de bonnes relations. Selon moi, sans entente à bord, inutile de se lancer dans l'aventure.

Réflexions sur l'entraînement

Vous qui avez beaucoup navigué sur Moth, de combien de temps d'entraînement avez-vous besoin pour vous préparer à un grand événement en équipage complet ?
Tout dépend du nombre de nouveaux coéquipiers, mais avec un grand voilier comme le TP52, on peut toujours s'aligner sur une course. Le résultat repose généralement sur les efforts que vous déployez pour faire progresser le bateau. Et plus l'équipage gagne en confiance et en compétences, plus ces efforts sont décuplés.

En Melges, nous nous entraînons en nous présentant aux compétitions et en régatant. Il est difficile de s'exercer tout seul sur ces bateaux. La présence d'un partenaire d'entraînement est primordiale. Et si vous avez des bateaux à disposition et que vous réussissez à convaincre des amis de vous accompagner en mer pour vous affronter, vous y gagnez tous les deux. Vous avez moins besoin de ce type d'entraînement si l'équipage est bien rodé.

Avez-vous une idée du temps d'entraînement en équipe qu'il faudrait à d'autres navigateurs en solitaire pour se préparer à une grande régate en équipage complet ?
Tout dépend de la complexité du bateau. En Melges 24, je pense qu'il leur faudrait être sur place deux à trois jours au moins avant la régate et de naviguer dès qu'ils en ont la possibilité pour s'assurer que tout fonctionne parfaitement bien.

Sur un bateau plus grand, comme un TP52, vous commencez à vous entraîner pour la dernière régate de la saison dès la première mise à l'eau du bateau. Vous gagnez continuellement en expérience, et vous progressez à chaque sortie en mer. Tout doit être considéré comme un entraînement.

Quel conseil prodigueriez-vous pour préserver la bonne ambiance à bord d'un monotype en équipage complet dont l'un des membres commet une erreur ?
Vous devez prendre conscience que vous formez une équipe et que vous devez passer outre le problème et continuer à vous battre. Dès que le problème est réglé, il faut l'oublier et passer à autre chose. La rancune n'a pas sa place ici. Rien ne doit être pris personnellement, et chacun à bord poursuit l'objectif commun.

J'ai vu des voiliers à bord desquels les cris dégénéraient. Vous n'observerez jamais d'énergie négative au sein des grandes équipes. Leurs membres restent unis, ouverts aux autres et non repliés sur eux-mêmes.

Projets

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ? Plutôt en solitaire ou en équipage complet ?
Tout m'intéresse. C'est une discipline assez vaste dont chacun des aspects est plaisant. Je suis passionné de Moth. Je ne pense pas que je m'engagerais dans une autre catégorie en solitaire, si ce n'est, peut-être, en A-Cat.

J'aime toujours la course de fond à bord de grands voiliers, et j'adore la voile de compétition en monotype parce que tout se joue sur le fil.

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